Depuis la mort brutale de sa femme, Alexandre Morel vivait enfermé dans son immense maison avec une seule peur : perdre aussi son fils.
Le petit Gabriel, âgé de trois mois, refusait presque tous ses biberons. Les meilleurs pédiatres étaient venus. Des spécialistes avaient proposé de nouveaux laits, de nouveaux traitements, de nouvelles méthodes.
Rien ne fonctionnait.
Chaque jour, le bébé devenait plus faible.
Puis Élise arriva.
C’était une jeune employée discrète, engagée pour aider dans la maison. Elle parlait peu, évitait les questions personnelles et passait souvent devant la chambre du bébé avec un regard étrange, presque douloureux.
Un après-midi, Alexandre rentra plus tôt que prévu.
En montant l’escalier, il entendit un bruit qu’il n’avait presque jamais entendu.
Son fils buvait.
Il ouvrit brusquement la porte de la nursery… et resta figé.
Élise était assise dans le fauteuil, Gabriel dans ses bras, lui donnant calmement un biberon. Le bébé buvait sans pleurer, les yeux fixés sur elle.
Alexandre porta une main à son visage.
— Comment avez-vous fait ? murmura-t-il.
Élise baissa les yeux.
— Je ne sais pas…
Mais Alexandre remarqua alors quelque chose sur la table.
Une vieille photo.
Il la prit.
On y voyait Élise, quelques années plus jeune, tenant dans ses bras un nourrisson qui ressemblait étrangement à Gabriel.
— Qui est cet enfant ? demanda Alexandre.
Le visage d’Élise devint blanc.
Ses mains commencèrent à trembler.
— Mon fils, répondit-elle enfin. Il est mort il y a deux ans.
Un silence terrible remplit la pièce.
Puis elle ajouta une phrase qui glaça Alexandre :
— Mais ce n’est pas pour cela que je suis venue travailler ici.
Alexandre releva lentement les yeux.
— Alors pourquoi êtes-vous ici ?
Élise fixa la photo, puis le bébé.
— Parce que votre femme m’a appelée… trois jours avant sa mort.
Et ce qu’elle révéla ensuite changea tout ce qu’Alexandre croyait savoir sur l’accident…